Qu’est-ce que le Donbat ?

Le Donbat désigne une pratique de transformation située. Il consiste à détecter un déséquilibre — social, économique, écologique, relationnel ou institutionnel — et à engager une action proportionnée, inventive et responsable pour en modifier les conditions.

Le mot naît de la contraction entre don et combat. Il ne s’agit pourtant pas d’additionner simplement deux notions. Le Donbat déplace l’énergie du combat vers une autre économie de l’action : non plus seulement se battre contre, mais agir sur une situation pour en transformer les conditions.

Le don introduit une logique de circulation, d’attention, de transmission et de mise en relation. Le combat conserve la tension, l’engagement et la nécessité d’agir face à ce qui dysfonctionne. Le Donbat articule ces deux dimensions : il donne et il combat, mais sans réduire l’action ni à la charité, ni à la lutte, ni au sacrifice.

Une attention active au réel

Le Donbat commence souvent par une situation concrète : un problème visible, un blocage ordinaire, une injustice normalisée, une fragilité que personne ne prend en charge.

Il peut apparaître dans un geste simple : aider une personne avec une poussette bloquée dans les escaliers du métro, intervenir là où l’indifférence collective s’est installée, transformer une situation apparemment banale en problème partagé.

Il peut aussi prendre la forme d’une pratique organisée, comme dans le soin. Le métier d’infirmier·ère, lorsqu’il maintient une exigence de dignité, de présence et de vigilance, permet de comprendre l’une des dimensions essentielles du Donbat : donner du temps, de l’attention, des gestes et des compétences, tout en combattant la douleur, l’isolement, l’abandon ou la perte de dignité.

Mais le Donbat ne célèbre pas naïvement le dévouement. Il ne s’agit pas d’exiger toujours plus de don de la part des individus sans créer les conditions matérielles, humaines et économiques permettant de soutenir ce don. Un système qui demande du soin sans donner les moyens de le pratiquer peut devenir anti-donbattant.

Transformer plutôt que seulement dénoncer

Le Donbat ne se limite pas à la prise de conscience. Il intervient précisément là où la critique seule ne suffit plus.

De nombreuses situations problématiques sont connues, analysées, documentées ou dénoncées, sans pour autant être transformées. Le Donbat travaille cet intervalle entre compréhension et action. Il cherche à faire passer une situation de l’impuissance à la possibilité d’agir.

Cela peut se jouer à petite échelle, dans la vie quotidienne, mais aussi dans des processus plus longs. Dans L’homme qui plantait des arbres, Jean Giono raconte l’histoire d’un homme qui transforme progressivement un territoire désertifié par un geste simple, répété et non spectaculaire : planter des arbres. Que ce récit soit fictionnel ou non importe moins que la forme d’action qu’il rend pensable : percevoir une défaillance, intervenir dans la durée, produire une transformation durable des conditions de vie commune.

Le Donbat peut donc être un geste immédiat, une pratique professionnelle, une méthode collective, une intervention artistique, une stratégie économique, une fiction transmissible ou un processus de transformation à long terme.

Ce que le Donbat n’est pas

Le Donbat ne se réduit pas à la résistance, à la lutte, au civisme, à la charité, au militantisme ou à l’art engagé au sens classique.

Il peut croiser ces formes, mais il s’en distingue par son exigence éthique, son attention aux situations concrètes, sa capacité de transformation, sa vigilance à ne pas reproduire les dominations et sa volonté de rendre l’action transmissible.

La résistance ou la lutte peuvent servir des causes très différentes, y compris des causes contraires à l’émancipation ou au bien commun. Par exemple, lorsque l’extrême droite entend combattre l’immigration, elle en parle comme d’une résistance ou une lutte pour la souveraineté nationale, la préservation de l’identité culturelle ou la sécurité sociale et publique. Dans ce cas précis, on peut donc parler de résistance ou de lutte, mais pas de Donbat puisqu’il est expressément guidé par la volonté sincère d’améliorer ensemble les conditions de coexistence.

Le Donbat n’implique donc pas forcément de résistance et ne se définit pas forcément par la lutte bien que cela puisse être le cas, mais le Donbat, résistance et lutte partagent des zones communes d’action, tout en ayant également leurs domaines spécifiques d’application.

Enfin, le Donbat ne se confond pas non plus avec le civisme. Il peut être civique lorsque l’action sert une collectivité inclusive et que l’action sert le bien commun, mais il doit aussi pouvoir s’opposer à l’État lorsque celui-ci agit de manière non démocratique, violente ou contraire à l’éthique. Il peut donc devenir incivique si les conditions l’exigent. C’est pourquoi la notion de civisme ne suffit pas à le définir non plus. Là encore, il partage une zone commune d’action à cette notion, sans s’y réduire.

Une pratique nécessaire

Il y a énormément de bonne volonté sur cette planète, mais elle est structurellement incapacitée. C’est précisément à cet endroit que le Donbat s’inscrit : là où la prise de conscience ne suffit plus, là où la critique doit devenir méthode.

Nous ne manquons pas d’idées, d’analyses ou de critiques, mais plutôt de formes capables de les rendre opérantes. Le monde commun se fragilise à mesure que la nécessité, la vitesse, la consommation, la gestion et la captation de l’attention réduisent les conditions mêmes de la relation et par là même notre puissance collective. Nous vivons dans une société intensément connectée, mais, finalement, pauvre en monde partagé.

Le Donbat ne relève pourtant ni du sursaut individuel ni d’une morale du bon geste. Il désigne une pratique visant à réactiver, même à petite échelle, une puissance collective dispersée, captée ou retournée contre elle-même. Là où les savoirs, les expériences, les affects et les compétences restent isolés, il cherche à les remettre en circulation ; là où l’impuissance semble organisée, il tente de recomposer des capacités d’action.

Autrement dit, il ne suffit plus de comprendre ce qui nous assujettit. Il faut encore trouver comment reprendre prise : passer d’une conscience isolée à une puissance partagée, d’une critique du monde à une pratique capable d’y intervenir.